170 ans après René Caillié

De Conakry à Tombouctou

La lune offre sa plénitude à un ciel magnifiquement constellé, le couple de Canadiens rêve en se tenant la main, les 3 Américaines ont entonné Jinglebells, le Japonais jaunit d’étonnement parce qu’un gamin noir l’interpelle en nippon et Laurent termine sa troisième assiette de couscous poulet lorsque le Néo-zélandais extirpe de son sac à dos une bouteille de Whisky : Happy Christmas. Nous sommes le 24 décembre 1996, par 17° de latitude nord et 3° de longitude ouest, précisément à Tombouctou. En 1827 René Caillié y resta 15 jours avant de continuer sa route à travers le grand Erg saharien. Pour Laurent et pour moi, c’est la fin du voyage, notre but est atteint ; partis de Conakry le 1er décembre, nous entrions dans la ville mystérieuse ce matin après avoir refait le chemin de René Caillié sur plus de 2000 kilomètres à vélo et 400 kilomètres en pinasse, grosse pirogue navigant sur le Niger où nous avons rencontré ces amis qui partagent aujourd’hui notre joie.

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Rencontre...près de Mopti, au Mali
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Mali : Baobab au levé de soleil 
 

A Tombouctou, il n’y a rien à faire, rien à voir. Errer au hasard des ruelles pour y trouver une âme est même devenu vain. Le harcèlement de l’autochtone, qu’il soit Touareg, Bambara ou Peul, qu’il ait 4 ans ou 80, est permanent : Hep ! Monsieur, il faut que tu donnes cadeau.

Mais le mythe est tenace et les trois syllabes de la cité des sables feront encore rêver des générations.

Les premières étapes nous conduisent à travers le Fouta Djalon, massif montagneux peu élevé de Moyenne Guinée (nous culmineront vers 1200m) par des pistes infernales au profil parfois délirant (20, 25%) où pousser nos bécanes devient parfois nécessité épuisante. C’est le début de la saison sèche mais l’humidité de l’air, encore importante, rend les horizons majestueusement brumeux et notre progression pénible. Les manguiers en fleurs s’imposent dans les villages et rivalisent en nombre dans la brousse avec les flamboyants immenses aux frondaisons merveilleusement déployées. Bantans et bombax se disputent le privilège d’arbres à palabres. Nous nous y abriterons souvent des rayons brûlants du soleil de midi en savourant les quelques bananes, oranges ou cacahuètes qui constituent nos provisions de route, le ravitaillement étant difficile en Guinée.

Mais le soir l’hospitalité est d’une sincérité rare. Reçus par le Sous-Préfet, le Chef du village ou l’Instituteur, nous sommes traités avec honneur et respect car si dans l’Hexagone, René Caillié est plongé dans l’oubli, personne en Guinée n’ignore son aventure. Nous partageons les repas modestes faits de riz à la sauce d’arachide ou de thau (bouillie gélatineuse de maïs et de mil) Je recommande le fonio, délicieuse semoule faite avec une graminée africaine. Parfois un poulet voit ses jours abrégés pour fêter notre passage.

Arthur et Suzanne, nos vélos, souffrent. Chaque soir, un bon cavalier soigne sa monture avant de s’occuper de lui-même. Fatigués à l’arrivée des premières étapes, nous négligeons ce précepte. Ainsi, quelques rayons détendus, un ou deux écrous desserrés ou manquants seront à l’origine d’ennuis qui auraient pu mettre fin à notre aventure




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Guinée : Pont de bois...

...ou  pont de fer....
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Guinée : Départ pour la chasse....

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Gués et marigots complètent la panoplie de nos difficultés

Aux Fouta Djalon succède une brousse au relief moins sévère, mais les interminables montagnes russes sont d’autant plus épuisantes que l’Harmattan (vent chaud venu du Nord - Est soufflant en saison sèche) commence à manifester sa présence. Les sommets s’arrondissent en curieux dômes noirs et pelés. Les baobabs sont très présents à proximité ou dans les villages. Les forêts clairsemées alternent avec une savane arborescente d’où surgit parfois une troupe de singes cynocéphales. Cette savane est régulièrement brûlée, même très loin des villages, laissant une odeur âcre sur une terre désespérément noire, mettant en exergue ces drôles de monticules d’argile que sont les termitières.

Après Kankan, en pays malinké les seuls moyens de transport rencontrés sont de rares vélos. Ici, quelques véhicules arriveront à passer lorsque les fleuves seront asséchés, en février et mars, puis la brousse sera de nouveau isolée pour dix mois. La piste est souvent réduite à l’état de sentier au sol sablonneux, entrecoupée de trop nombreux passages ravinés. Les herbes que le vélo écarte au passage nous lacèrent les chevilles et trois jours durant, matins et soirs nous serons harcelés par des mouches piquant cous mains et mollets.
 

Le Sankarani, fleuve frontière sera traversé en pirogue, mais ce n’est que 40 kilomètres plus loin que le changement de pays devient réel,
à Mininian, petite bourgade de Côte d’Ivoire, il y a... l’électricité (pratiquement inexistante en Guinée). Suivez le raisonnement : électricité... , réfrigérateur.... Le bonheur, parfois c'est simple comme un Coca glacé.

La Côte d’Ivoire aurait mérité plus de trois jours de visite car l’accueil est là aussi chaleureux. Le contraste avec la Guinée est important et on mesure réellement les dégâts du régime Sékou Touré qui a replongé le peuple Guinéen dans un âge primitif d’où est même absente toute notion d’agriculture. On y vit au jour le jour, profitant des bienfaits de la saison des pluies, mais résigné devant la disette en fin de saison sèche, comme devant une fatalité

Aux Malinkés ont succédés les Sénoufos. L’habitat s’est transformé. Les cases ne sont plus séparées les unes des autres, mais disposées en cercle ou en hexagone, par petits groupes et reliées par un mur d’argile formant une cour intérieure. C’est une protection contre l’Harmattan qui devient de plus en plus vigoureux.



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Nous quittons la Guinée pour
la Côte d'Ivoire



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Habitat Sénoufos

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Elle est dure, très dure cette piste qui nous conduit vers Sikasso...



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Rencontre au petit matin...

...ou dans la chaleur du jour
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Marigot près de San, au Mali

 

 

Nous sommes entrés en Côte d’Ivoire en pirogue, c’est en pirogue que nous quitterons la Côte d’Ivoire. Après deux heures d’errance dans la savane, nous avons trouvé le passage sur le Bagoé (la rivière Blanche) Il y a 12 jours que nous avons quitté Conakry et nous entrons au Mali. Déjà 1400 bornes sous les pédales.

 

Vers la mi-journée, la chaleur s’ajoute au vent ; Elle est dure, très dure cette piste qui nous conduit vers Sikasso. C’est là que nous régulariserons sans problème notre situation auprès des autorités policières, 100 kilomètres après avoir passé la frontière. Sikasso est une ville assez importante et ce sont les " Peace Corps " (ONG américaine semblable aux Volontaires du Progrès français) qui nous offrirons l’hospitalité.

 

Si le froid s’est installé en France, au Mali cet hiver est exceptionnellement chaud (demandez aux concurrents du Dakar) Puisque nous aurons du bitume jusqu’à Mopti, les départs peuvent se faire de nuit. Le bip-bip de nos Timex se fera désormais entendre dès 4h, le but du jeu étant de faire au moins 100 kilomètres avant midi, suivis d'une petite sieste (harcelés par les mouches) entre 12 et 15 h. L’Harmattan est devenu un handicap sérieux et lorsque la qualité du revêtement le permet nous adoptons la technique du relais face à cet ennemi qui, avec une régularité de métronome, attaque chaque matin à 8h45 précise.

 

La végétation se raréfie au fil des jours, le paysage devient sahélien et les crevaisons se multiplient chaque fois que nous quittons le bitume. Eh oui ! Qui dit Sahel dit épineux. Ah ! On les regrette les 800 balles d’économie sur les pneus. Avec des kevlar, nous aurions sans doute évité les 20 crevaisons (dont une quinzaine les 5 derniers jours) Au départ de San, nous avions déjà joué 4 fois du démonte pneus avant le 20ème kilomètre.

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