Bandiagara et le Pays Dogon...

René Caillié n'est pas allé en Pays Dogon.
Il fait nullement état de ce peuple aux origines anciennes.
Son dessein était Tombouctou et rien que Tombouctou. De plus, à cette époque, cette ethnie était t-elle encore inconnue des occidentaux.
Nous ne pouvions passer si près de l'opportunité qui nous était offerte (1 journée de vélo depuis Mopti) et le 19 décembre 1996, à la frontale, nous quittons Mopti par une piste de tôle ondulée.
Quelques heures plus tard, du haut de la falaise de Bandiagara nous découvrons la lente procession des femmes revenant du marché en escaladant la paroi pierre après pierre. A l'horizon, la savane du Bourkina Fasso hérissée de centaines de Baobabs
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BANDIAGARA


LE PAYS DOGON

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Voici que brusquement jaillit du sol, comme un rempart cyclopéen barrant l'horizon. Une falaise tombant presque à pic sur le plan nu de la plaine, à la fois montagne et citadelle, car dans les trous du roc vit en troglodyte la tribu des Habbé (Dogon), que n'avait dominée avant les Européens aucune des puissances qui se sont disputé ce territoire... "

 

La falaise de Bandiagara ; au fond, le Burkinafasso

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La falaise vu de Kani-Kombolé
Des contreforts déchiquetés

C'est par cette phrase qu'un voyageur français du début du siècle rapporte sa surprise de découvrir, à l'est du plat pays soudanien, les falaises de Bandiagara une longue chaîne de grès s'étirant du sud au nord-est sur une distance de 200 km et prolongée par le massif de la Gandamia lui-même terminé par le mont Hombori, le plus haut sommet du Mali (1 155 m). Pour modeste qu'en soit l'altitude, ces contreforts déchiquetés par le vent et le @able n'en impressionnent pas moins le visiteur, en ajoutant une dimension verticale aux vastes espaces horizontaux qui constituent l'essentiel du pays. Circonstance qui explique sans doute que, depuis un millénaire, tous ceux qui ne voulurent pas se soumettre ont toujours trouvé refuge dans les anfractuosités de ces falaises.

 

Seuil du pays des Dogons (seuls Maliens ayant choisi d'habiter en hauteur), Bandiagara se trouve à 63 km à l'est du carrefour de Sévaré, d'où partent les routes de Mopti, Gao, Tombouctou, Bamako et du Sud. Praticable en toutes saisons. La Piste peut néanmoins réserver des surprises aux automobilistes peu accoutumés aux ornières. Elle suit par intermittence la rivière Yamé dont les crocodiles sacrés comptent parmi les génies du peuple dogon. Une dizaine de kilomètre avant Bandiagara, une piste sur la gauche conduit au village de Songo adossé à un chicot rocheux. Lors des circoncisions collectives, tous les villageois s'y rassemblent afin de régénérer la culture dogon ; à chaque cérémonie, les peintures rupestres couvrant le roc sont repeintes. Ainsi, de génération en génération, les traditions se perpétuent et la science des ancêtres se transmet à ceux qui savent déchiffrer le sens des dessins géométriques : origine de l'homme, avenir de l'univers, combat permanent des génies, principes contradictoires qui régissent la vie de tous les jours.

De l'autre côté de la route principale, presque à l'opposé du village de Songo et au-delà de la rivière, un autre site riche d'histoire n'a pas encore livré son secret : c'est en effet dans les grottes de Déguimbéré que disparut en 1864 l’un des plus grands hommes d'Etat de l’Afrique pré-coloniale, Oumar Saidou Tall, plus connu sous le nom d'El Hadji Oumar. Car, à l'instar des autres régions du Mali actuel, celle de Bandiagara a gagné ses titres de gloire bien avant la colonisation-


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Village Dogon près de Bandiagara
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Femmes dogons près de Djiguibombo
 

Dans la localité de Bandiagara. Le palais des successeurs d'El Hadji Oumar malheureusement mal protégé contre les intempéries et l'usure du temps - témoigne de cette grandeur passée. Mieux, les descendants de la dynastie - la famille Tall - reçoivent encore tous les ans la visite de nombreux fidèles venus de toute l'Afrique de l'Ouest pour se recueillir et prier auprès des reliques du chef militaire et religieux que fut El Hadji Oumar : son épée a pommeau d'argent et ses objets personnels, dont les versets du Coran religieusement emballés dans une modeste étoffe qu'il serait sacrilège de vouloir défaire.

Bandiagara n'appartient pas un effet au seul Mali, car c'est l'ultime dépositaire de l'enseignement d'El Hadji Oumar, fondateur et chef de la confrérie musulmane des Tidjiani africains. Né en 1797 dans le Fouta Toro, au nord de l'actuel Sénégal, Oumar Saïdou Tall est le fils d'un marabout toucouleur du clan des Torodo, saints hommes passant alors pour les champions de l’Islamisation de l’Afrique de l'Ouest. En 1820 - il a alors vingt trois ans - le jeune Oumar fait le pèlerinage de 1a Mecque, dont il revient doté d'un titre prestigieux, El Hadji (réservé aux pèlerins) et chargé d'une mission : créer et diriger la confrérie des Tidjiani dans ce vaste pays que les Arabes nomment le Soudan. Ce dont il s'acquittera, souvent sans douceur.

Un chef hors du commun

Rayonnant à partir de son quartier général de Dinguirayc, où il établit une puissante forteresse (tata), El Hadji Oumar parcourt la savane, rassemble des fidèles au nom d'Allah et forme une Zaouia, communauté religieuse et militaire, cohorte de missionnaires en armes chargée de fonder un empire théocratique. Il quitte Dinguirayc en 1854 et part à la conquête de royaume à rassembler en un unique Etat, Entre 1855 et 1857, il conquiert et vassalise le royaume Bambara païen du Kaarta, mais se heurte aux Français sur les rives du Sénégal. Stratège exceptionnel, il signe avec Faidherbe un traité de renonciation au Sénégal, ce qui lui permet, tout en protégeant ses arrières, de s'élancer vers la boucle du Niger et d'enlever la province du Bélédougou, Sansanding et finalement Ségou, où il fait exécuter le dernier roi bambara (1861). Jugeant hypocrite le jeu des princes peul, pourtant musulmans comme lui, il envahit le Massina, détruit leur capitale Hamdallahi et, sur sa lancée, écrase Tombouctou. Il règne alors sur un véritable empire qui recouvre, à peu de choses près, la plus grande partie de l'actuel Mali
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Les conversions à l'islam sont obtenues à la pointe de l'épée. Mais les Peul du Massina et les Bambara de Ségou Supportent mal les rigueurs imposées par El Hadji Oumar. Se révoltant, ils s’attaquent en 1864 au chef des Tidjiani. Acculé contre les falaises de Bandiagara, Et Hadji Oumar livre sa dernière bataille à Déguimbéré. Mais réfugié dans une grotte, il disparaît au milieu d'une explosion ; il n’en fallait pas moins à cet homme hors du commun. Sa dernière – définitive - victoire, c'est par sa disparition qu'il l'a remportée. Sort corps n'a jamais été retrouvé et le mystère ne fait qu'ajouter à sa légende : homme de Dieu, brillant chef de guerre, la force d'El Hadji Oumar lui a évité l'humiliation de la capture. Sans doute est-ce pour cette raison que le sol qu'il a foulé en dernier, celui des falaises de Bandiagara, attire encore, un siècle après sa mort, des milliers de pèlerins. Car El Hadji Oumar, à l'instar des chefs de guerre des anciens empires, aura respecté la tradition malienne : un chef ne saurait être battu ni mourir, il disparaît.

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Kani-Kombolé, au pied de la falaise
Sage dogon.
L'écorce des baobabs est soigneusement et régulièrement exploitée
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Bandiagara
: " le grand plat ", petite ville historique située dans une cuvette à l’ouest des falaises du même nom : lieu de pèlerinage pour les fidèles de la confrérie musulmane des Tidjiani, en souvenir du chef religieux et militaire, El Hadji Oumar.
Sévaré : Bourg - Carrefour à 63 Km à 1’Ouest de Bandiagara
Mopti : Grande ville du centre Nord d’où son organisée les excursions vers les falaisesde Bandiagara.

Yame
 : rivière longeant la route vers Bandiagara et dont les crocodiles étaient sacrés pour les populations dogon des falaises
Songo : Village dogon au nord de la rivière Yame ; site culturel, traditions dogon, peintures rupestres
Deguimbere (grottes de) site historique où El Hadji Oumar, disparut en 1864.

Situation et accès : A l’est de Sévaré, (63 km) et de Mopti (75km). Piste praticable en toute saison.

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